Cadavre exquis à la Confluence - extraits

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CADAVRE EXQUIS
À LA CONFLUENCE
LES PRINCES
REMERCIEMENTS
Ce projet, mené dans le cadre d’une classe PAC durant l’année 2014-2015, n'aurait
pas pu aboutir sans l'aide précieuse de nos partenaires :
Sandrine Charreau, de la Librairie Co-Libris, qui a permis la rencontre avec
Françoise Guérin ;
Françoise Guérin, romancière et psychologue, qui a accepté ce projet un peu
fou ;
Claire Landrot, médiatrice culturelle et chargée des actions pédagogiques du
Conseil d'Architecture, d'Urbanisme et d'Environnement de Lyon, qui a construit
avec nous ce projet mêlant architecture et littérature ;
Maryelle Mathevot-Buiron, architecte, qui a accepté de donner de son temps (et
sans le compter), son énergie et sa culture personnelle ;
Laure Molin, de la Délégation Académique à l'Action Culturelle, qui a soutenu
notre projet et nous a permis de le mettre en forme ;
Catherine Pavesi, principal du collège Louis Leprince-Ringuet, qui a encouragé
nos initiatives et notre projet ;
… les trente-et-un élèves de la classe de 3è4, qui se sont prêtés au jeu et ont
réalisé cette prouesse, malgré la perplexité qui les animait à la présentation du
projet.
i
PRÉFACE
Il y a décidément des collégiens qui ont de la chance ! Chance d’avoir des enseignants
qui ne manquent pas d’imagination et ne reculent pas devant la difficulté. Car
il fallait une sacré dose d’optimisme, au départ, pour mêler architecture et littérature,
maquettisme et polar… Et viser, au final, l’écriture collective d’un roman d’investigation
policière. Quel projet farfelu ! me suis-je dit quand leurs deux instigatrices, Caroline
Guédan, professeur-documentaliste et Patricia Bonnard, professeur de lettres,
m’ont contactée. Voilà deux enseignantes qui n’ont pas froid aux yeux ! Il n’en fallait
pas moins pour me convaincre de m’associer au projet.
Il y a décidément des enseignants qui ont de la chance ! Chance qu’une classe de
troisième relève leur défi avec panache et ne renâcle pas devant l’ampleur de la tache.
Des collégiens qui, après une première approche du roman policier, ont défini une intrigue
générale puis se sont réparti l’écriture des dix chapitres. Des collégiens qui ont
ensuite travaillé en groupe avec tout ce que cela implique de prise de parole, d’écoute
réciproque, de négociations… et d’autodiscipline. Un travail précis, technique, coordonné
avec l’aide des adultes et des intervenants. Des collégiens, enfin, qui ont su tirer
parti de leurs différences : l’imagination débordante des uns, le pragmatisme des autres,
l’aisance dans l’écriture de certains. Gageons que l’expérience leur a été profitable
à tous points de vue.
Il y a décidément une romancière qui a de la chance. C’est moi. Chance d’être embarquée
dans une telle aventure et de rencontrer des élèves, auteurs en herbe ou curieux
de littérature. Chance de travailler avec des enseignantes enthousiastes. Chance
d’être accueillie en confiance.
De la chance ? Oui, bien sûr… Et si c’était tout autre chose ? Et s’il fallait saluer,
ici, le dynamisme, l’opiniâtreté et la prise de risque ? En ces temps de grisaille où rares
sont ceux qui parient sur l’avenir et sur la jeunesse, j’ai envie de saluer la performance
que constitue ce travail non comme une résultante du hasard et de la chance mais
ii
comme une volonté d’offrir aux adolescents une expérience unique qui va bien au-delà
d’un exercice littéraire. Que la communauté scolaire puisse permettre cela me paraît
extrêmement précieux.
Un petit mot sur ce roman, à présent. Je n’en dévoilerai pas l’intrigue mais j’aimerais
souligner un aspect qui, à la lecture des différents chapitres, m’a frappée, aussi
bien en tant qu’écrivain qu’en tant que psychologue.
Les auteurs de ce polar sont des adolescents. Que ne dit-on pas, génération après
génération, sur la jeunesse supposée en perdition ! Or, bien sûr, dans l’imaginaire ici
déployé, on devine quelques blessures, quelques interrogations sur le sens de l’existence
et même, furtivement, la tentation du désespoir. Lorsqu’on offre à des jeunes le
présent inestimable de l’écriture, on n’échappe pas à cette gravité qui est la leur, elle se
dissimule souvent derrière l’apparente légèreté. Tout cela est à prendre au sérieux…
comme il importe de prendre au sérieux la parole de nos adolescents. Mais, tout de
même ! Réjouissons-nous de ce que leurs personnages principaux, Enzo et Marion, ces
projections idéales d’eux-mêmes dans un avenir proche, sont des héros positifs qu’animent
le sens de la justice, de la vérité et… de l’amour.
Un mot, pour finir, à nos auteurs en herbe. Bravo pour ce travail, bravo pour l’engagement
que vous y avez mis. Continuez d’écrire. Écrivez pour votre plaisir, quand
vous êtes dans le chagrin ou quand gronde la colère mais écrivez, rêvez, dessinez, peignez,
sculptez, bâtissez le monde de demain… car il commence aujourd’hui.
Françoise Guérin
Romancière et psychologue
iii
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CITÉ DE LA SCIENCE
Il est dix heures et le tramway est déjà plein. La plupart des passagers sont des
étudiants comme moi. L'inauguration de la Cité de la Science attire visiblement énormément
de monde. Depuis la fenêtre du tramway, j’aperçois le grand bâtiment en or
qui, avec le soleil, éblouit mes yeux verts. Je sors du tram juste devant le guichet. La
queue est étendue sur plus de huit mètres mais mon pass d'étudiant en médecine me
permet un accès direct. Je m’arrête deux minutes pour admirer cette architecture futuriste.
Devant moi se dressent deux pyramides reliées par un couloir en forme de spi-
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rale, sûrement pour représenter l'ADN. Dans le fond, la fameuse tour dorée monte
vers le ciel. La légère brise rafraîchit l'air lourd de ce mois de juin. Je m'approche de la
borne de renseignements :
— Bonjour Madame, pouvez-vous me dire où commence la visite ?
— Suivez le chemin jusqu'au premier bâtiment jeune homme. Mais… attendez
deux minutes, avez-vous un papier ou autre qui vous autorise à entrer sans faire la
queue ?
Je lui tends mon badge où elle lit : « Enzo MORENTI. Étudiant 1ère année de
médecine. » En bas est précisé : « Ce fast pass marche pour les expositions
temporaires. »
Après avoir vérifié, elle me dit :
— C'est ok, vous pouvez y aller, bonne visite !
Je la remercie et me dirige vers l'entrée du premier bâtiment, une pyramide tapissée
de mosaïque dorée. A l'intérieur les murs sont peints en blanc, avec des affiches et
des écrans télévisés partout. Des stands sont disposés de part et d'autre. J'essaie de
me frayer un chemin mais les gens se bousculent, se poussent, la chaleur y est insupportable.
Après cinq minutes à tenter d'avancer, je prends un sacré coup de chaud, ma
tête tourne. Des frissons traversent mon corps. Il faut absolument que je trouve des toilettes
ou un endroit où boire. Je commence à m'agiter, je vois tout flou… Heureusement
pour moi, les toilettes se trouvent juste à côté. Arrivé là-bas, j’ouvre le robinet et
trempe ma tête sous l'eau, reprenant peu à peu mes esprits.
Du coin de l’œil, je vois une jeune femme me regarder bizarrement. Je relève la
tête et dans le miroir je constate le désastre. De l'eau mêlée à de la sueur dégouline sur
mon visage mat et mon tee shirt. Mes cheveux ébouriffés ont l'air pâteux et collant,
mes pommettes sont écarlates. Des cernes, résultat de mes courtes nuits de ces derniers
temps, encerclent mes yeux. Je me retourne vers la femme, elle n'a toujours pas
bougé, je me sens rougir. — Il me semble que... dit-elle en s'adressant à moi.
Un peu perturbé, je lui réponds par un simple oui interrogatif.
— Eh bien vous êtes dans les toilettes des femmes...
La honte ! Dans la précipitation, je n'ai pas du tout fait attention ! Je sors à toute
vitesse et décide de poursuivre ma balade à l'extérieur. La foule sera moins dense et
l'air me fera du bien.
Dehors, il n'y a quasiment personne. Seuls quelques visiteurs flânent entre les bâtiments,
un guide de la Cité à la main. Tant pis pour l'incursion intérieure, je reviendrai.
Je n'ai jamais trop aimé les sciences, enfin, ça n'a jamais été ma matière préférée.
J'ai toujours été bon élève mais ai choisi la médecine par intérêt. Mon petit frère, Mat-
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teo est atteint de la mucoviscidose. Faire médecine, c'est une manière pour moi de le
soutenir en quelque sorte. C'est peut-être idiot mais j'ai cet espoir, qu'un jour, je
puisse vraiment l'aider à s'en sortir.
Je continue de marcher tout en songeant à mon frangin, sa maladie, mes études.
Ma première année à l'université s'est plutôt bien passée et les examens aussi. Enfin,
pour le moment, je ne préfère pas m'avancer et plutôt attendre les résultats. Mais je
suis confiant pour l'année à venir. Je continue ma balade et passe sous ce couloir suspendu
entre les deux pyramides. Je vois les gens par la vitre traverser dans un sens et
dans l'autre la passerelle. Je suis toujours dans mes pensées lorsque quelqu'un m'interpelle
:
— Eh Eh Enzo !
C'est un ami de la fac.
— Oh, tiens, tu vas bien ? lui réponds-je.
— Oui, qu'est ce que tu fais ici ?
— Je suis venu voir à quoi ça ressemblait mais il y a vraiment beaucoup trop de
monde...
— Je reviens justement d'un petit coin sympa, une sorte de mini-expo à l'extérieur
de la tour. Il n'y a presque personne, tu devrais aller y jeter un œil.
— Ah cool merci, je vais aller voir ça !
— T'inquiète, mon pote. Bon, je dois filer, à plus !
Je lui adresse un signe d'au revoir et me retourne en direction de l'endroit qu'il
m'a indiqué.
Je contourne le haut bâtiment. Je cherche l'expo mais il n'y a rien. Je reviens
alors sur mes pas, fais plusieurs tours, essaie de trouver un panneau, une indication,
mais je ne trouve rien sur cette fameuse expo.
À force de recherches, je me retrouve finalement dans un coin désert et inexploré,
oublié par les visiteurs. Cet endroit est loin d'être attractif, des mauvaises herbes et
des buissons poussent un peu partout. Des restes de matériaux de construction jonchent
le sol. Je m’apprête à regagner le cœur de la Cité lorsqu'un détail attire mon attention.
Il me semble voir comme une chaussure dépasser d'un buisson. Je m'avance
petit à petit vers le feuillage, ce n'est peut être qu'une basket égarée après tout. En continuant
d'avancer, j'aperçois une deuxième chaussure... Ok, là, c'est carrément louche,
me dis-je !Mon pouls commence à s'accélérer, qu’est-ce que ça peut bien être ? Je distingue
peu à peu le bas d'une... d'une jambe, une jambe humaine ! Mon instinct me dit
de m'arrêter là, de faire demi-tour, de ne pas aller plus loin. Mais ma curiosité prend
le dessus.
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J'approche mes mains tremblantes du feuillage. J'ai peur de ce qui s'y cache. L'angoisse
m'envahit. J'écarte le buisson. Ce que je découvre me laisse sans voix... Un
corps inerte est couché à mes pieds. C'est un homme d'une cinquantaine d'années. Sa
gorge est pleine de sang. J'y distingue un trou béant. Je suis sous le choc, je n'ose rien
toucher. Le sang commence à sécher sur ses vêtements. Je sens que je vais faire un malaise.
Je me laisse tomber devant le cadavre. J'aperçois un portefeuille qui a sûrement
dû glisser de sa poche. Une photo dépasse. Voulant l'attraper, je l'ouvre.
À l'intérieur, se trouve une carte qui m'est familière : celle de mon club de sport.
Visiblement Henry Pérez y était inscrit aussi. Mon regard retombe sur le visage de la
victime et je me dis qu'il faut absolument que je prévienne la police. Je décide de retourner
au musée pour appeler les secours. Je m'apprête à reposer la photo quand soudain
c'est le choc.
Matteo ! Papa ! Maman !
C'est nous ! Là sur la photo, c'est nous ! C'est le dernier cliché que mon grand
père a pris avant l'enlèvement de mes parents... Ma vue se trouble, je sens que je vais
vomir. Il faut absolument que j'en sache plus ! Qui est cet homme ? Et pourquoi
avait-il cette photo ? Plein de questions se bousculent dans ma tête. Je m'affole et
cours à toutes jambes en direction de la Cité.
Une fois l'hôtesse prévenue du meurtre, je ne m'attarde pas plus. Je profite de
l'affolement pour reprendre ma course. J'entends qu'elle me rappelle. Je n'y prête pas
attention. Je n'ai qu'un seul indice sur ce Henry : sa carte de sport. Je me dirige vers la
salle au plus vite.
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TABLE DES
MATIÈRES
Chapitre 1 : Cité de la Science (Victoria Chantron, Alexandre Fuoco, Salomé
Giamminonni)
Chapitre 2 : Oxygène (Candice Appriou, Emma Di Lella, Clémence Perchet)
Chapitre 3 : Nautilus (Loïc Bogas, Yannis Delanne, Titouan Lamarre)
Villa)
Chapitre 4 : Fantastic Museum (Apolline Lozach, Léa Martin, Mélanie Parry-
Chapitre 5 : Logial (Elina Cuny, Océane Jebbor, Erik Tentori)
Chapitre 6 : Unité Administrative (Coline Alexandre, Natacha Michelin, Louis
Rousseaux)
Chapitre 7 : Ecole de danse Maëline (Charline Da Costa, Maëva Dussaulx,Elise
Jousserand)
Chapitre 8 : Night Fever (Nathan Bernard, Léa Carrougeaux, Hugo Vian)
Chapitre 9 : Château (Alison Grupallo, Margaux Oberson, Michelle Riffard)
Chapitre 10 : Ensemble (Camille Brun, Sandy Buclon, Julie Revaux, Gautier Salvayre)
Epilogue
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